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Drones : comment lutter contre les survols illégaux

Après deux articles sur la règlementation des drones loisirs et la règlementation des activités professionnelles en drone, nous abordons aujourd’hui un sujet d’actualité et qui fait pas mal polémique depuis plusieurs mois : le survol de sites sensibles et interdits.

Depuis la fin de l’été, la France est en émoi à cause de drones qui survolent des centrales nucléaires, des sites sensibles à Paris ou encore des sites militaires. Il n’y a pas de fumée sans feu et donc, forcément, des survols ont bien été effectués sur ces zones. Mais beaucoup d’informations données dans les médias sur ce sujet sont pour le moins fantaisistes pour ne pas dire mensongères. Faisons un petit décryptage :

Pas de photos des survols

La première chose qui nous frappe chez Madinina Flyng Pixels, c’est l’absence totale de photos prises lors de ces survols. A une époque où le moindre téléphone est capable de faire des photos de plusieurs méga pixels, il est étonnant qu’aucun technicien de centrale nucléaire, aucun passant parisien ni aucun policier n’ai réussi à faire une image, même mauvaise, d’un de ces appareils. Et nous sommes biens placés pour en parler puisque pour nous, il suffit de sortir un appareil du camion et le poser sur un trottoir pour que des badauds viennent le voir et le photographier sous tous les angles. Et dès qu’il décolle, c’est pareil, tout le monde a son portable en main et shoote à volonté. Du coup, des dizaines d’appareils survolant des sites sensibles, sans photo, ça nous semble étrange et ça nous laisse à penser que le phénomène est moins important que ce qu’il est rapporté.

Des descriptions étonnantes des drones

Les médias ont rapporté des témoignages sur les appareils vus :

  • « 1 heure de stationnaire avec des gros spots« . Faire voler un drone en stationnaire (donc à voilure tournante), sans bruit donc électrique, durant une heure avec des gros spots est impossible. Pour faire voler nos appareils plus de 20 minutes nous devons faire la chasse au moindre poids superflu et, surtout, à toute consommation électrique autre que les moteurs, donc, des spots, c’est inenvisageable dans ces conditions.
  • « Au moins 80kg« . En multirotor électrique (pour du stationnaire peu bruyant), il n’est pas à la portée de tout le monde de faire voler un appareil de plus de 50 kg. Et surtout les hélices nécessaire pour porter un tel engin (autour de 30 pouces soit 76 cm) impliquent qu’il fasse près de 3 mètres de diamètres. Que personne ne l’ai vu sur un trottoir parisien avant son décollage ou après son atterrissage semble difficile !
  • « Poursuivi par un hélico sur 4 km« . Faire voler un engin civil sur 4 km de distance implique une puissance d’émission des ondes assez élevée et multiplie les risques de brouillage en ville. Et sauf à ce qu’il ait tourné en rond, il a bien fallu que quelqu’un le récupère à 4 km de son aire de décollage … sans compter que les turbulences de l’hélico auraient du le coller au sol dès les premiers mètres … beaucoup d’incohérences une fois encore.

Ces affirmations nous semblent donc totalement fantaisistes. Nous ne remettons absolument pas en cause le fait que des drones aient effectué des survols interdits, par contre le traitement de l’info tourne le plus souvent à la science fiction !

Quels sont les risques ?

Si l’on se fie aux descriptions des médias, les risques sont énormes ! des appareils de 80 kg pouvant voler 1 heure à plusieurs kilomètres de leurs pilotes et semer un hélicoptère de l’armée … ce sont des armes de guerre ! et il est d’ailleurs étonnant que de tels engins, dont les coûts s’élèvent à plusieurs dizaines de milliers d’euros (si ce n’est centaines), ne soient utilisés sans autre fin que de simples survols ! Par contre, si l’on considère que ce sont des drones loisirs, avec les contraintes techniques habituelles (autonomie, distances, perturbations électroniques, poids …) alors les risques sont minimes.

Oui, bien sur, on peux envisager de charger un drone loisir avec quelques centaines de grammes d’explosif.  Mais quel est l’intérêt alors qu’il est clair que ça n’aura aucun impact sur une centrale nucléaire et qu’en centre ville une voiture avec plusieurs kilos sera bien plus discrète et efficace ? un drone reste un appareil pas à 100% fiable, il suffit de voir les appareils chargés de drogue qui s’écrasent à la frontière entre le Mexique et les USA !

Quant à la cartographie et aux images à des fins malveillantes, Google Earth et le Géoportail proposent déjà des images très détaillées de ces endroits.

Qui peut donc effectuer ces survols de drones ?

Il y a 3 possibilités crédibles : les modélistes qui se lancent des défis, des personnes qui voyant la médiatisation se lancent dans ce jeu malsain et, enfin, des lobbys industriels qui pourraient trouver un intérêt financier à un renforcement drastique de la règlementation, notamment en imposant des appareils homologués et traçables qu’ils seraient les seuls à pouvoir vendre !

Comment lutter contre ces survols de drones ?

Il existe plusieurs solutions, mais aucune simple ni idéale :

  • La première consiste à isoler l’appareil de son pilote en brouillant les ondes qui les relient. Dans la plupart des cas, cela aura pour effet que l’appareil retourne automatiquement se poser là où il a décollé (mode Return To Home présent sur la majorité des appareils de loisir), dans les autres cas, selon son mode de vol, il va rester en stationnaire puis descendre doucement lorsque les batteries seront faibles ou, dans le pire des cas, il pourra partir dans un direction aléatoire ou … tomber comme une pierre ! Un autre problème peut apparaitre, c’est le l’impact du brouillage avec une source puissante sur d’autres équipements (téléphonie, systèmes radios pour les secours, proximité d’hôpitaux ou aéroports …)
  • La seconde, dans la même idée pourrait consister à remplacer la radio commande du pilote par un autre signal plus puissant pour en prendre le contrôle. Ce n’est pas évident techniquement parce qu’il faut tester toutes les fréquences dans une bande donnée (2.4 ghz ou 5.8 ghz) mais c’est un bon défi technique pour les fabricants de scanners !
  • Ensuite on peut envisager de créer un niveau de turbulence dans l’air tel que l’appareil ne pourra plus voler correctement. Par exemple en le faisant survoler par un hélicoptère. La aussi les risques de crashes sont important et les dégâts collatéraux possibles.
  • Enfin, on peut aussi envisager un impact physique sur l’appareil à partir d’une arme. Dangereux là aussi ! Les idées sur un canon à eau ne sont pas réalistes étant donnée la hauteur de vol des appareils.
  • Après les options envisagées à droite à gauche laissent perplexes ! les drones chasseurs de drones et autres …. ça semble très farfelu.

Ces solutions sont envisageable hors agglomération ou les risques collatéraux sont limités. En ville il faut se rendre à l’évidence, il n’y a pas de solution simple et immédiate. Celle sur la prise de contrôle à distance restant la plus prometteuse à terme.

L’avenir

Il est évoqué la possibilité d’imposer aux constructeurs une puce d’immobilisation, d’identification ou de prise de contrôle. C’est louable mais c’est oublier qu’aujourd’hui une bonne partie de ces appareils est construite artisanalement à partir de pièces achetées à l’étranger et que certaines solutions sont aujourd’hui en « open source » c’est à dire totalement modifiables. Ceux qui veulent faire ce genre de chose feront surement en sorte de ne pas équiper leurs appareils. On parle aussi de la création d’un fichier de possesseurs de drones. Là aussi, quelqu’un achetant son matériel en Chine pourra aisément contourner un tel fichier.

Au final, il faut accepter de ne pas pouvoir toujours tout contrôler. Combien d’attentats à la voiture piégée ? avons nous interdit les voitures ? combien de meurtres avec de simples couteaux ? Seule une répression dure de ceux qui se font prendre pourra ralentir cette mode. 75.000€ d’amende et 1 mois de prison avec sursis, ça devrait vite calmer ceux qui se croient les rois du monde ! pour les autres, les vrais dangereux, c’est aux services de police et aux services secrets de faire le job pour qu’ils ne puissent pas plus utiliser un drone qu’un autre moyen !

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